• chapitre vingt-deux

     

     

     

     

       Blois, d’un bref signe de la tête, ordonna à ses soldats de s’asseoir sur les chaises basses que Ben Gendler avait choisi pour meubler sa cave. Il avait décidé de ne pas perdre de temps et d’expliquer immédiatement ce qu’il avait en tête.

              - Voilà comment je vois les choses, commença-t-il. D’abord, Launois, contrairement à ce que tu prétends, je vois bien que tu vas pas bien. Ta blessure te fait mal, mais si, mon vieux, ça se voit… Et tu commences à avoir de la fièvre. Ta blessure te fait souffrir et on sait pas vraiment si elle profonde : faut l’explorer, désinfecter tout ça, bref te soigner et, ici, c’est pas possible. Conclusion : tu vas rentrer au village. Si, si. Tu nous seras plus utile au village qu’ici car tu pourras expliquer à Lermontov où on en est et qu’on souhaite rester ici un ou deux jours de plus. Disons même trois. On va demander à Ben Gendler s’il accepte de t’accompagner parce que… j’crois bien que c’est le moment de défendre votre point de vue auprès de notre chef, poursuivit-il à l’intention du vieil homme. Si ça vous intéresse encore, bien sûr.

       Et devant le signe d’acquiescement de l’intéressé, il se retourna vers les autres.

              - Ensuite, on va se renforcer. Sauf s’il y a eu contrordre, nous avons toujours trois des soldats de Lermontov en faction à la maison rouge, non ? Eh bien, on va aller les chercher car ils ne seront pas de trop avec nous et, de toute façon, là-bas, ils ne servent plus à rien…

       Blois, tête baissée, marchait de long en large afin de bien rassembler ses idées et nul n’aurait cherché à l’interrompre. Relevant la tête, sans dévisager personne en particulier, il continua :

              - Je suis persuadé que Jacmo – c’est le nom de cette clamèche – n’a qu’une seule idée : nous régler notre compte… Nous régler notre compte pour ce qu’on a fait à la vieille. Et c’est là que ça devient intéressant. Oui, parce que ça veut dire, d’une part, qu’il restera par ici tant qu’il se sera pas vengé et, d’autre part, qu’il doit avoir suffisamment la rage pour faire des erreurs. Des erreurs qu’on doit exploiter ! Faut donc qu’on l’attire quelque part et qu’on s’en occupe. On a l’avantage du nombre, non ? Alors, y a pas de raison. Bon, je vais réfléchir à comment on va s’y prendre mais si quelqu’un a une idée, même si elle lui paraît bizarre ou à peine réalisable, eh bien, elle est la bienvenue. En attendant, Launois et Ben partent pour le village tant qu’il fait jour et nous, on se repose.

       Du hall du petit immeuble, le petit groupe regarda partir Ben Gendler et Launois, toujours fortement contrarié de ne pas participer à ce qu’il considérait comme « la meilleure part de leur mission » mais, en reconnaissant lui-même qu’il se sentait fiévreux et assez fatigué. Camille profita de cette sortie sous haute surveillance pour rappeler Serp qui ne tarda pas à venir en trottinant  mais, entre les débris et carcasses de voitures qui encombraient la ruelle, il n’aurait pas été facile de le viser, fut-ce par un professionnel de l’arbalète : le grand chien zigzaguait entre les obstacles, accélérant à certains endroits, sautant ou s’aplatissant à d’autres, et ne fut vraiment visible qu’au tout dernier moment. Camille s’empressa de le faire entrer dans la cave. Comme convenu, Veupa qui devait aller chercher le renfort des hommes de la maison rouge attendit un petit moment avant de s’éclipser. Blois se rapprocha de Camille et de Garance qui discutaient tranquillement à proximité d’un des poêles à bois qu’elles venaient de bourrer de combustible que, de toute façon, il n’était certainement plus indispensable d’économiser. Les jeunes femmes étaient installées sur les curieux petits tabourets en bois de Ben Gendler mais Blois préféra s’asseoir en tailleur près d’elles à même le sol.

              - Y a une chose qui me tracasse… commença-t-il, en regardant franchement Camille dans les yeux pour la première fois depuis des jours. C’est comment t’as pu savoir que la vieille, elle était dans c’te chambre…

       Camille regarda successivement Garance et Blois puis se mit à gratter son chien derrière les oreilles en souriant.

                - Je savais rien mais… Voilà. J’avais été frappée par ce que la vieille, elle avait toujours bien préparé sa fuite… J’veux dire qu’elle avait, heu, toujours arrangé des endroits pour au cas où… Tu te rappelles, Garance, dans la première maison, celle de l’impasse, on passait par un petit soupirail et on tombait sur des vêtements pour pas se faire mal. Pareil dans sa maison du passage, enfin du chat à trois pattes. Là, elle avait prévu une échelle pour se sauver… Quand on est arrivé dans la dernière maison, celle du magasin, eh bien, avant de prendre l’escalier et de trouver les taches de sang, j’étais allée dans la cour et j’avais vu l’endroit où elle est tombée ensuite : rien que des vêtements, des linges, comme pour…

               - Amortir une chute, termina Garance.

              - Oui, mais sur le moment, ça m’a pas frappée. C’est en redescendant l’escalier que j’y ai repensé et que je me suis dit que la vieille, elle allait jamais dans des endroits par hasard mais là où elle se préparait toujours une sortie, un point de fuite. J’ai repensé à ce tas de vêtements qui semblait comme préparé à l’avance et j’me suis dit : et si c’était la vieille… ? Alors, comme ça correspondait à cet appartement de gauche qu’on avait déjà visité, au premier étage parce qu’après ça aurait été trop haut… En plus, c’était moi et Garance qui l’avions visité, précisa-t-elle, se tournant vers Blois. Sauf que j’avais seulement essayé d’ouvrir ce truc de coin, ce placard, sans y arriver et je m’étais dit que, de toute façon, l’était trop petit pour s’y cacher. Parce que je l’avais pas bien examiné, en fait. Tu vois, Blois, au fond, on a failli rater à cause de moi !

              - Oui, ben moi, j’crois plutôt que sans toi… sans vous, on serait repartis bredouilles… conclut Blois, secouant la tête.

       Camille sentit que l’admiration de son chef pour son raisonnement semblait sincère et elle en fut très satisfaite. Après un moment de silence, Blois poursuivit.

              - C’est le début de la moitié de la journée. On va manger un morceau en attendant notre renfort et ensuite je vous explique comment on va s’y prendre…

       En réalité, Blois n’avait pas encore arrêté de plan pour la bonne raison qu’il ne voyait pas par quel moyen il allait pouvoir débusquer leur ennemi, à moins de sacrifier délibérément des gens de son petit groupe en s’en servant comme appâts, une option inenvisageable. Mais il fallait bien donner l’impression qu’on ne s’en remettait pas uniquement au hasard, qu’il avait depuis longtemps songé au problème et qu’il avait trouvé des solutions. Pour cela, il lui fallait réfléchir. Découvrir quelque chose. Abandonnant rapidement le coin où ses soldats se restauraient, il alla s’allonger sur un des lits de Gendler pour méditer sur les heures à venir tout en donnant l’impression de se reposer, serein et sans angoisse.

       Camille, elle aussi, s’était écartée du groupe pour aller pensivement mastiquer sa maigre pitance auprès de Serp avec qui elle partageait de temps en temps un morceau de viande séchée. Mais ce n’était évidemment pas le détail des décisions à prendre qui pesait sur son moral : en réalité, elle entendait encore le cri de Jacmo lorsqu’il avait découvert le cadavre de sa compagne. Pas un cri de rage ou d’impuissance mais de douleur, d’authentique souffrance. La jeune femme avait senti au timbre de la voix du petit homme combien cette découverte macabre l’avait touché et, du coup, cet ennemi impitoyable, ce criminel insensible était soudain devenu presque humain. Camille en arrivait à douter. Peut-être les autres, les clamèches comme disait Blois, les voyaient-ils, eux, comme des envahisseurs et de cruels étrangers venus faire régner une espèce de terreur dans les rues de la ville ? Mais non, bien sûr que non ! Qui avait tué Cavier, un vieil homme du village ? Laissé Blois à moitié mort faute de n’avoir pu le retrouver pour l’assassiner ? Attaqué et pendu Blanche puis grièvement blessé Lydia ? C’était plutôt elle, Camille, qui se laissait aller à une sensibilité de mauvais aloi. Elle secouait la tête comme pour se défaire de ces pensées mortifères lorsqu’on cogna à la porte de la cave.

     

     

       Blois se leva d’un bond et se campa derrière la porte, attentif à entendre, comme convenu, à nouveau le signal de Veupa. Satisfait, il ouvrit aux quatre hommes qui attendaient impatiemment, conscients d’être exposés à toutes les menaces dans l’escalier de sous-sol de l’immeuble. Il referma soigneusement la porte blindée avant de désigner l’endroit où se trouvaient ses soldats.

                  - Salut les gars ! s’exclama-t-il. On vous attendait avec impatience… Bon, avant tout, vous vous reposez et vous mangez un morceau parce que à partir de maintenant vous aurez besoin de toutes vos forces. Donc si je me souviens bien, toi, c’est Djeize, toi, c’est Phil, et toi, c’est…

              - Carbure, lui répondit un grand gaillard d’une quarantaine d’années qui s’empressa de jeter son havresac sur le sol avant de se diriger vers Crabe qui l’accueillit à grands renforts de moulinets des bras.

       En réalité, tous se connaissaient fort bien puisque habitant le village qui n’était pas si grand. Blois regagna son lit de camp tandis que les autres se lançaient dans des explications compliquées sur leur emploi du temps récent.

       Le temps s’écoulait lentement. Une fois les nouvelles des uns et des autres épuisées, chacun était allé s’étendre sur les galetas obligeamment prêtés par Ben Gendler afin de se reposer dans l’éventualité d’une action à venir mais, justement, rien ne semblait venir. De temps à autre, Camille observait son chef du coin de l’œil mais, si l’homme ne dormait pas, il semblait plongé dans une réflexion profonde, sans doute à préparer la suite des opérations et la neutralisation du petit homme aux yeux verts. C’était du moins ce qu’elle espérait. Pourtant, le temps s’écoulait et rien ne se passait. Enfin, mal à l’aise face à cette inactivité forcée, elle se rapprocha de Garance.

              - Ben , j’me demande bien c’qu’il attend… j’veux dire, Blois, ce qu’il attend… commença-t-elle, en hochant la tête.

       Garance qui était occupée à recoudre la manche de sa parka déchirée au cours de la matinée leva les yeux vers son amie et haussa les épaules sans répondre. Camille alla s’asseoir sur une pile de vêtements qui lui servait de fauteuil et laissa errer son esprit sur le remue-ménage des heures précédentes. Elle sursauta lorsque Blois frappa dans ses mains avant de se lever d’un bond.

              - Allez, on va faire le point, annonça-t-il d’un ton presque enjoué.

       Il désigna la petite table et ses tabourets et, debout, les mains croisées dans le dos, il regarda ses soldats s’installer en demi-cercle, les derniers arrivés s’asseyant à même le sol glacé. Blois se mit à marcher de long en large puis attaqua le petit discours qu’il avait préparé.

              - Alors voilà. J’ai réfléchi à notre situation et elle est pas si mauvaise. On doit débusquer un ennemi redoutable et qui, en plus, est sur son terrain. Mais tout n’est pas négatif, non. D’abord, on sait qu’il nous cherche pour se venger et qu’il est donc tout près de nous. Où ? Ça on sait pas mais certainement pas loin. Et on sait aussi qu’il partira pas. Ensuite il est en colère et je parie qu’il f’ra des erreurs et là, ce sera à nous d’en profiter. Mais y a autre chose : je suis à peu près sûr qu’il est pas seul. D’accord, on lui a tué trois hommes à la maison rouge et un de plus à la maison du passage mais ça m’étonnerait qu’y en ait pas d’autres. Moi, je sais ce que je ferais si j’étais lui : je regrouperais mon petit monde et j’attendrais que les autres - nous - on soit à découvert. Et comme il sait certainement où nous sommes…

               - Donc, on sort pas. En tout cas pas maintenant, conclut Crabe.

            - Au contraire, répondit Blois, on va sortir mais pas comme il s’y attend. Je m’explique. Il croit certainement qu’on va se mettre en chasse pour le débusquer seulement le jour… parce qu’on connait pas la ville, enfin qu’on la connait mal. Du coup, il nous attend quelque part avec ses copains et, clac, on se fait avoir ou, si on se sépare, on se fait allumer les uns après les autres. C’est exactement ça qu’il faut éviter. Donc, on va sortir de nuit… Oui, d’accord, je sais, je sais, c’est plus difficile… mais certainement pour eux aussi et puis…

       Blois s’arrêta de marcher et observa les différents membres de son groupe les uns après les autres. Il s’attarda en dernier sur Camille qui baissa les yeux, gênée soudain par ce regard inquisitorial. En tout cas, si elle avait pu en douter, Blois était de retour. Celui-ci se racla la gorge pour rompre le silence qui s’était installé et reprit son raisonnement.

              - Vous pensez qu’il y en a beaucoup des groupes de plusieurs personnes dans cette partie de la ville ? Hein ? Franchement ? Moi, je crois pas. Oui, bien sûr, y a des gens isolés comme Ben Gendler mais des groupes, non. Or, en ce moment, il fait froid. Nous par exemple, même si on a fait attention à pas faire de bruit et à boucher le maximum d’ouvertures, je suis certain qu’on a été repérés depuis longtemps et que les clamèches attendent qu’on sorte, tranquilles, au petit matin. Ben non, j’l’ai déjà dit, ça s’passera pas comme ça ! Oui, mais si on peut nous repérer, nous, on pourra aussi le faire pour les autres. On va donc se reposer gentiment jusqu’à ce soir, pas trop tard quand même, et avant que nos blésines dorment, on va chercher les signes : du bruit, des odeurs de feu et surtout de la lumière, comprendo ? Non, je sais ce que tu vas dire, Veupa, le dogue, primo, y peut rien pour nous et, deuxio, je veux pas l’exposer. Deux nuits, c’est tout ce que je demande. Deux nuits seulement ! Après, on verra. Soit on s’y prend autrement, soit on retourne au village et, tant pis, on aura quand même tenté. Et puis y a ça…

       Blois sortit de sa veste de cuir la carte de Lermontov qu’il avait bien pris soin de protéger depuis que son chef la lui avait donnée. Il la déplia sous le regard intéressé de ses soldats et la posa sur la table basse.

              - Voilà. On a ici tout le centre ville où nous sommes. Je sais que ça sert à rien pour le moment mais si on a la chance de repérer les crapules alors, là, on saura exactement comment nous y prendre… parce que, là, là ou là, comme vous voyez, on sait exactement comment les rues communiquent et, regardez, y a même, ici et ici, le plan des cours des immeubles. J’ai bien étudié la carte et je peux même deviner des passages entre les maisons et les immeubles…

              - Y a donc plus qu’à trouver où se cachent les clamèches, précisa Garance d’une voix songeuse.

       Blois s’apprêtait à rompre la réunion et les villageois à se lever lorsqu’il toussota légèrement  avant de reprendre :

              - Une dernière chose… reprit-il, la tête baissée. J’crois bien qu’on a fait une erreur, enfin, j’veux dire que moi, j’ai fait une erreur…

       Et devant le regard interrogateur de ses soldats, il continua après une seconde d’hésitation.

              - La vieille… On a laissé son radac sans surveillance et j’suis certain qu’on a eu tort… Pasque, c’est sûr, le Jacmo, l’est revenu pour l’emmener… pour pas la laisser aux dogues et à la pluie… On aurait dû surveiller mais, bon, maintenant, c’est trop tard. J’aurais vraiment dû y penser avant ! Quand même, tout à l’heure, quand on partira en chasse, j’aimerais bien que Crabe et Veupa, vous y alliez jeter un œil… Oui, eux, il savent où ça s’est passé, conclut-il à destination de ses trois nouveaux soldats. En attendant, on se repose…

       Plusieurs heures s’écoulèrent durant lesquelles Camille ne put pas trouver le sommeil, trop énervée par la perspective des explorations à venir. Serp, couché contre elle, était lui aussi aux aguets. De le voir se retourner sans cesse étonnait la jeune femme qui comprit soudain que le grand chien avait envie de sortir pour aller explorer la ville comme il le faisait presque continuellement depuis leur arrivée. Elle se leva et alla demander l’autorisation de lui ouvrir la porte. Blois accepta sans hésiter mais en exigeant qu’elle n’accompagne pas son chien seule et il fit signe à Veupa. C’est de cette façon que les villageois se rendirent compte qu’un élément nouveau et déconcertant était apparu depuis qu’ils se reposaient dans les sous-sols du petit immeuble : en quelques heures, la neige avait recouvert d’une épaisse couche d’au moins 5 cm (plus qu’un « demi grand doigt », précisa Veupa) les rues et les maisons. Blois sortit pour vérifier par lui-même mais les renseignements étaient exacts. Le froid des heures précédentes s’était en outre accentué tandis que les différents objets qui parsemaient les ruelles avaient en partie disparu, rendant celles-ci d’autant plus dangereuses à arpenter. Un calme impressionnant recouvrait l’ensemble, donnant l’impression que les sons eux-mêmes devaient s’être assourdis. On sentait que, sous peu, il gèlerait, probablement pour une des dernières fois de la saison. Un autre monde s’était substitué à celui qui était encore le leur quelques instants plus tôt et il convenait à l’évidence de l’évaluer avec soin. En tout cas, nul ne semblait être venu les espionner puisque la neige devant l’entrée de l’immeuble était parfaitement vierge. Blois hésita à laisser partir Serp puis il haussa les épaules : les empreintes d’un chien sur la neige fraîche ne risquait pas de les trahir, à supposer que leurs ennemis ne sachent pas encore où ils se trouvaient ce dont il doutait sérieusement.

       De retour dans la cave, porte bien fermée et après avoir vérifié que les soupiraux étaient toujours parfaitement occultés, Blois réunit ses soldats. Il marcha de long en large une à deux minutes avant de se livrer à son exercice favori en mission : raisonner à haute voix afin d’entendre les éventuels arguments des uns et des autres.

              - Finalement, commença-t-il, ce n’est pas si mauvais pour nous ! Ben oui parce que les blésines aussi laissent des traces, donc… Et puis, y a autre chose : les nuages sont presque tous partis et, si ça se maintient, la lune éclairera un peu partout. On devrait pouvoir les repérer, les traces… D’accord on va laisser aussi les nôtres mais ça fait rien : les crapules savent bien qu’on est après eux… Donc, on va rien changer et… Oui, Carbure ?

             - On pourrait p’têt effacer nos traces au fur et à mesure, suggéra le grand soldat. On f’sait ça avec le chef, avec Lermontov…

               - ??

              - Oui, je veux dire, effacer avec des branches pendant qu’on avance, quoi…

              - Mais à quoi ça sert ? On saura quand même… intervint Garance.

              - Excellent, oui, bonne idée, répliqua Blois, et se tournant vers Garance, il poursuivit, c’est vrai qu’on verra qu’on a effacé des traces mais pas dans quel sens elles allaient. Carbure, je trouve que c’est une très bonne idée. Molodets, bravo ! Il faudra trouver des branches ou n’importe quoi, comme ce vieux balai de Gendler… Bon. Résumons. On va faire quatre groupes de deux. Chaque groupe aura un petit territoire à explorer - je vais vous montrer à peu près sur la carte - puis on se retrouve ici. Si on n’a rien, on élargit mais, vu que la nuit va tomber dans peu de temps, on aura sans doute pas plus de deux essais : ça servirait à rien de rester trop tard dehors. Des questions ? Non ? Bon, on se prépare, notamment en faisant attention aux vêtements pasqu’il fait grand froid et k’ça va pas s’améliorer. Chaque groupe partira quand il le sent, comprendo ? Heu, c’est moi qui ai la clé de la cave donc j’pars en dernier et j’essaierai de pas traîner au retour…

     

     

       Serp, si impatient de liberté qu’il était sorti bien plus tôt pour découvrir la neige, vint se ranger au côté de sa maîtresse lorsque celle-ci émergea de la cave, suivie de Garance. Cette dernière, sur ses gardes, avait dégainé son sabre mais, face à l’absence apparente de danger, s’était empressée de le renfiler dans son fourreau dorsal. C’était déjà le crépuscule mais un crépuscule clair en raison de la disparition de presque tous les nuages. Dans le dédale de ces rues enchevêtrées, le regard portait au plus loin mais en sera-t-il toujours ainsi lorsque la nuit sera complète ? se demandait Camille. Elle fit signe à son amie.

               - Si j’ai bien compris ce qu’à dit Blois, on commence par la petite place où Launois, enfin tu sais bien… on remonte la rue de la maison de la vieille… commença Camille

             - … et on regarde au passage si… elle est toujours là, poursuivit Garance.

              - On tourne à droite, encore à droite, on reprend la rue qui va à la cave de Ben Gendler et on revient tranquillement, reprit Camille

            - … en espérant que les autres auront fait aussi vite, conclut son amie.

       Garance avait déniché dans la cave de Gender une sorte de grand râteau dont elle s’était emparée afin d’effacer leurs traces comme consigne en avait été donnée. A vrai dire, elle ne croyait pas beaucoup à cette astuce : elle était certaine que si elle avait été une des blésines, elle aurait assez facilement pu identifier le sens de leur marche. Surtout avec Serp qu’il était difficile de contrôler en permanence mais, bon, les ordres… Les deux femmes arrivèrent à la hauteur de la maison de la vieille et, après s’être interrogées du regard, entrèrent avec mille précautions dans le petit hall. Jusqu’à présent, elles n’avaient relevé aucune autre empreinte que celles de petits animaux, probablement des chats, « même pas effacées par des branches » avait murmuré Garance en souriant. À part les habituels débris en partie occultés par la neige, il n’y avait rien et notamment plus trace du corps de la vieille comme l’avait fort bien supposé Blois. De plus, la neige étant ici aussi parfaitement vierge, il fallait bien admettre que l’opération de prise en charge du corps était plus ancienne. Les soldates rebroussèrent chemin en silence, attentives au moindre bruit, s’arrêtant longuement sur le seuil de l’immeuble avant de se risquer dans la rue. Quittant cette dernière, elles obliquèrent sur la droite. C’est à ce moment précis que Serp se mit à grogner doucement tandis que son pelage dorsal se hérissait de noir. Il regarda sa maîtresse avant de s’aplatir au sol. Immédiatement alertée, Camille fit signe à son amie de s’abriter derrière la carcasse rouillée d’une camionnette sagement garée le long du trottoir et les deux femmes se mirent à observer les alentours. Les maisons anciennes aux multiples balcons et oriels, les nombreux porches et renfoncements, la rue étroite où, à certains endroits, les immeubles donnaient l’impression de presque se toucher, ne facilitaient par leur tâche. Camille se demandait ce qui avait pu motiver la méfiance du grand chien et elle ne se résolvait pas à reprendre sa marche. Un long moment s’écoula lorsque, à l’occasion d’un petit courant d’air glacé sorti de nulle part, elle crut sentir une odeur de brulé. Ou plus précisément de feu. Quelqu’un faisait flamber par ici un poêle ou une cheminée mais, discrètement, comme pour en atténuer la portée. Se pourrait-il que… Quand elle chuchota l’information à Garance, cette dernière écarquilla les yeux d’étonnement car elle n’avait rien senti mais Camille était certaine : dans sa vie antérieure, elle avait trop longtemps cherché à dissimuler la présence de la cheminée de la maison familiale pour se tromper. De plus, Serp…

       Elles sortirent de l’ombre protectrice de la voiture et, pliées en avant, attentives au moindre obstacle, elles avancèrent lentement dans le crépuscule finissant qui assombrissait toutes choses. A quelque mètres, des empreintes humaines, venues de directions diverses, conduisaient toutes vers un porche et, probablement une cour. Les traces étaient à demi recouvertes de neige et, pour l’une d’entre elles, presque invisible. Garance en compta quatre, peut-être cinq avant de rejoindre Camille restée en couverture avec Serp. Les deux amies échangèrent un regard qui validait leur retraite par là d’où elle venait : impossible de passer devant le porche au risque de se faire repérer. Réajustant sa chapka, Camille sentit une petite piqure sur le front puis une seconde sur sa joue gauche. Des flocons. Garance, elle aussi, leva les yeux vers le ciel qui s’était à nouveau brusquement couvert. L’obscurité du soir les cachait en partie mais on devinait de gros nuages qui défilaient lentement. La neige s’intensifia au point que, après quelques minutes, les deux femmes crurent avoir affaire à une véritable tempête. Camille, bien sûr, ne cherchait plus à effacer ses traces - la Nature, alliée improbable d’un soir, allait s’en charger - mais elle décida de conserver son râteau pour d’éventuelles opérations ultérieures. Une ombre se dressa devant le hall de l’immeuble de Gender mais ce n’était que Carbure, revenu encore plus tôt mais bredouille. Crabe, son coéquipier d’un soir, qui attendait près de la porte en sous-sol, émergea de la nuit et redescendit immédiatement en s’apercevant que ce n’était pas Blois. En raison de la neige épaisse et de l’obscurité à présent presque complète, on n’y voyait goutte mais aucun des villageois présents ne cherchait à allumer une torche. Un long moment passa avant que n’apparaisse une luminosité blanche suivie presque aussitôt par la vision d’une torche à son minimum d’intensité : Blois et Veupa, couverts de neige et de petites piques de glace, suivis du dernier binôme probablement rencontré en route. Blois, avec sa tête des mauvais jours à ce que pouvait deviner Camille, s’ébroua dès l’abri du hall d’entrée avant de faire descendre tout le monde puis de fermer la porte à double tour. C’est seulement alors que chacun sentit retomber la tension nerveuse. On alluma quelques torches et les poêles à bois. Tous retrouvaient enfin leurs marques abandonnées quelques instants plus tôt. Camille regarda Garance et cette dernière laissa alors tomber dans le silence revenu :

              - Lieutenant, on a trouvé quelque chose !

     

     

       Blois, qui, quelques moments plus tôt, affichait une évidente mauvaise humeur, semblait ressuscité par la nouvelle que venait d’annoncer ses deux soldates. Il était en réalité enchanté par la tournure prise par les événements : trouver quelque chose si tôt, si vite… Grâce au mauvais temps et, aussi, un peu, à son opiniâtreté… Sans attendre plus avant, il étala sa carte de la ville sur la petite table basse et entreprit de repérer l’endroit signalé.

              - C’est là, déclara-t-il sûr de lui. Vous voyez : une, deux, trois maisons et c’est bien la première avec une cour. Un grand bâtiment derrière avec, évidemment, une sortie sur l’autre rue et… même, j’le parierais, une communication avec c’te baraque là aussi, sur la gauche : on voit une sorte de cour qui s’ continue mais…

       Il leva son regard vers ses soldats attentifs qui observaient le moindre de ses gestes.

              - Je sais bien que vous devez être surpris de ce que… les blésines, eh bien, elles ont autant de… caches que ça… des positions de repli… mais c’qu’il faut vraiment comprendre, c’est que ces gens-là y z’ont eu toute une vie pour explorer la ville qui est pratiquement vide… toute une vie pour préparer et organiser leur existence ici, tout ce temps pour mettre en coupe réglée les pauvres gens d’ici alors, moi, j’suis pas si étonné que… Oui, Crabe ?

              - Chef, faites excuse mais y a un truc… Voilà. Comment qu’vous pouvez vraiment être sûr que c’est nos clamèches à nous qui crèchent là, hein ? Et si y z’avaient rien à voir ?

              - J’te l’ai déjà dit, mon vieux : on peut pas être sûrs à cent pour cent mais… Son regard passa de l’un à l’autre. On peut pas être sûrs, vraiment sûrs, c’est vrai, mais j’crois pas qu’il y a d’autres bandes de clamèches par ici et puis, j’sais pas… je le sens… je le sais. Je suis même certain qu’on peut en finir cette nuit. En finir une bonne fois pour toutes avec toute cette saloperie. Sauf qu’y faut qu’on soit au mieux. Vraiment au mieux. Reposés. Dispos. Mais je suis d’accord pour remettre tout ça à la nuit suivante si vous croyez que ça vous aidera à être en meilleure forme. Y aurait qu’à passer la journée à se reposer, à pas sortir…

              - Non Blois, il faut en finir cette nuit, c’est certain. Depuis le temps qu’on est dans cette ville, on a déjà tellement attendu !

       La réflexion venait de Camille qui ne s’exprimait pratiquement jamais sur une prise de décision collective et, du coup, son intervention n’en fut que plus déterminante. Après s’être regardés, les villageois les uns après les autres acquiescèrent en silence.

              - Bon, ben, on va dresser un plan d’attaque, conclut Blois, mais je veux qu’on passe à l’action en plein milieu de la nuit. Pour la surprise… Allez, y a plus qu’à décider des modalités…

     

     

       Camille avait longtemps hésité à inclure Serp dans leur stratégie d’attaque. Elle y avait finalement renoncé. Cette histoire de clamèches, ce n’était pas l’affaire de son dogue et puisque, d’autre part, Blois n’avait rien dit à son sujet… Elle flatta le flanc du grand chien et lui parla à voix basse pour l’éloigner. L’animal hésita : peut-être était-il trop tôt selon ses critères de chasse à lui ? Il accepta finalement de s’écarter mais on pouvait penser qu’il ne serait jamais vraiment loin. Camille se retourna vers Garance et hocha la tête. Les deux femmes se dirigèrent vers leur chef. Flanqué de Crabe, Blois attendaient à l’angle de la rue, immobile et silencieux, l’air préoccupé mais il en était toujours ainsi lorsqu’il menait une opération délicate. Plutôt que d’affronter Jacmo et ses hommes dans leur repère probablement truffé de pièges et d’issues cachées, Blois avait décidé de chercher à les faire sortir de leur trou et il avait alors pensé à deux possibilités : se découvrir et  les provoquer mais on en revenait toujours à ce que certains de ses soldats servent alors d’appâts ou bien, selon une méthode chère à Lermontov, mettre le feu à l’immeuble qui les hébergeait et les attendre. Blois opta pour la seconde solution, la seule à ses yeux susceptibles de faire durer, de plus, l’effet de surprise le plus longtemps possible. L’immeuble, en réalité un petit hôtel particulier mais Blois et ses soldats ne pouvaient bien entendu pas le savoir, débouchait sur deux rues : celle par laquelle ils étaient arrivés et qui donnait sur le porche et la cour repérés par les deux soldates de Blois quelques heures plus tôt et une sortie située à l’opposé ouvrant en conséquence sur une rue parallèle qui portait l’étrange nom - repéré par Blois sur la carte - de « rue aux ours », les dits-ours étant des animaux plutôt agressifs selon ses réminiscences infantiles, des concurrents qu’il espérait bien ne pas avoir à affronter. Cette sortie avait été confiée à la surveillance de Veupa et des trois villageois de Lermontov. À cela s’ajoutait l’éventualité d’une communication avec les maisons voisines mais Blois avait bien vérifié : elles-aussi donnaient sur les mêmes ruelles et il était de ce fait facile de surveiller l’ensemble.

       Blois fit signe à Crabe qui cherchait à anticiper son regard dans la pénombre. Le villageois s’approcha de la lourde porte cochère pour trouver le moyen de l’ouvrir sans trop de bruit. Camille et Garance, accroupies sur le côté gauche du mur, retenaient leurs souffles. Crane n’eut pas à forcer quoi que ce soit car la porte s’ouvrit dès qu’il l’eut légèrement poussée et il se tourna vers les autres qui le rejoignirent. Dans le silence le plus absolu, la neige les faisant cligner des yeux, ils avancèrent lentement dans l’obscurité presque complète de la cour, une vague luminosité leur permettant seulement de deviner leurs silhouettes respectives. Redoublant de prudence afin de ne pas heurter un quelconque objet dont le bruit les aurait fait repérer mais il y en avait, semble-t-il, peu, ils arrivèrent bientôt près de la porte du bâtiment et Blois, prenant par le bras chacune de ses soldates, leur intima l’ordre de se coller contre le mur de part et d’autre de l’entrée. Il tapota de la main droite l’épaule de Crabe qui, comme convenu, chercha à ouvrir la lourde porte d’acier. C’était le moment périlleux de leur action car, avait fait remarquer Blois, si la porte était fermée à clé, il fallait impérativement la forcer ce qui ne pouvait se faire sans bruit. Pourtant, Crabe n’eut aucune peine à en pousser le battant et Blois comprit soudain que les clés susceptibles de fermer la porte avaient dû être perdues depuis longtemps. Cela facilitait indéniablement leur tâche.

       Comme convenu, Blois et son soldat pénétrèrent dans le hall d’entrée dallé et parfaitement dégagé qui s’ouvrait devant eux. Ils attendirent un assez long moment de façon à être certains que personne ne les avait entendu entrer. Enfin convaincus, après avoir allumé chacun une bougie, ils s’approchèrent de l’extrémité du hall où se dressait un escalier de pierre monumental : la faible lueur de leurs bougies n’en éclairait que la partie inférieure mais, pour un peu, Blois en aurait sifflé d’admiration car il n’en avait jamais vu de si raffiné. L’escalier s’élevait en demi-cercle vers l’étage supérieur plongé dans le noir. Crabe attira son attention sur un amoncellement de caisses et de meubles empilés en contrepoint de l’amorce de l’escalier : exactement ce que Blois avait souhaité ; il espérait ainsi allumer un incendie qui ne manquerait pas de dégager suffisamment de fumée pour faire sortie leurs ennemis de leur trou. Et tout cela sans avoir à explorer d’autres pièces - ou les étages - à la recherche de combustible potentiel. Aurait-il jamais cru en une puissance supérieure susceptible de le protéger qu’il n’aurait pas manquer de la remercier…

       Restait à initier le feu et, après avoir sorti leur matériel de leurs sac à dos, les deux hommes s’y employèrent. Mais, comme ils le savaient parfaitement, cela n’est jamais aussi facile qu’on le croit. Le temps passait lentement multipliant leurs tentatives infructueuses. Même après avoir enduit les objets de graisse aux endroits stratégiques et avoir introduit du papier spécialement apporté pour cet usage, le feu avait du mal à partir et leurs torches commençaient à leur brûler les mains tandis que chaque instant écoulé les rapprochait un peu plus d’une éventuelle découverte par leurs ennemis. Finalement, une flamme commença à s’élever au sein du tas d’objets disparates avant de se communiquer aux vêtements et faire place à une fumée de plus en plus épaisse. Blois donna le signal du repli, avant de regagner sa position près de ses deux soldates, toutes torches à présent éteintes.

       Un long moment s’écoula. La neige redoublait et le froid était intense ce qui gênait considérablement les quatre villageois obligés de garder leur position dans une immobilité invalidante. Blois, de plus, était fort inquiet. Il se demandait si le feu avait réellement pris et s’il n’aurait pas dû retourner vérifier. Comment savoir s’ils n’étaient pas en train d’attendre une sortie qui ne se ferait pas puisque, sans incendie, les crapules continueraient à sommeiller tranquillement tandis que, eux, se pétrifieraient sur place ? Plus encore, il en venait à douter de ce qu’il avait toujours considérer comme sa mission – ou plutôt de ce qu’il considérait à tort ou à raison comme telle – et dont il se demandait si elle valait les énormes prises de risque vécues par lui et ses soldats. Il se posait également la question de savoir s’il n’avait pas été quelque peu optimiste en jetant son dévolu sur les gens de ce petit immeuble. Crabe avait raison : qui lui assurait qu’il s’agissait bien des sbires de l’homme à l’arbalète, et, même si c’était le cas, qui lui garantissait que la blésine était avec eux ? Et si l’opération qu’ils menaient n’aboutissait qu’à tuer de pauvres misérables à la Ben Gendler ? En somme, l’esprit occupé par des idées composites et contradictoires, Blois se sentait fort mal à l’aise tandis que le fait de deviner tout près de lui la présence de ceux qui lui faisaient toute confiance au point de le suivre les yeux fermés vers n’importe quel avenir incertain ne faisait que renforcer son incertitude. Il se savait avant tout un homme d’action, réfléchi, certes, comme les meilleurs d’entre eux le sont toujours, mais jamais aussi bien en équilibre avec lui-même que lorsqu’il lui fallait agir physiquement sur le monde qui l’entourait. Il prolongea son attente, immobile et concentré mais indéniablement stressé. Un cri soudain dans le silence glacial le fit sursauter mais en même temps envoya en lui une onde d’excitation : il allait savoir !

       La voix, lointaine, était celle d’un homme prononçant des paroles incompréhensibles car étouffées par tout cet espace. Toutefois, le débit en apparence saccadé et le ton haut-perché dénotaient une impression d’urgence, de début de panique, peut-être même de terreur. Blois se pencha vers ses compagnons et leur toucha chacun le haut de l’épaule de sa man gantée, une façon de les prévenir s’il en était besoin que, à partir de cet instant, les événements risquaient de se précipiter et qu’il en serait de chacun pour soi.

     

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